Qu'est-ce que travailler, aujourd'hui, dans le travail social ?

De AG_Lille1.

Notes de la rencontre/débats de la réunion

“Qu'est-ce que travailler, aujourd'hui, dans le travail social ?”

jeudi 19 janvier à l'Espace Culture de l'université de Lille I

Remarque: ces notes sont partielles et ne reflètent qu'imparfaitement l'ensemble de ce qui a été échangé. J'espère cependant qu'elles permettront à ceux n'ayant pu être présents de découvrir des informations intéressantes. YS.

Cette réunion est née de la constatation de l'implication du monde du travail social lors de la journée du 29 janvier. Cette rencontre a donc été proposée par des enseignants-chercheurs de sociologie qui ont invité des collègues travaillant dans le social. Quatre collègues étaient présents et d'autres personnes n'ont pu venir car le 19 était aussi une journée de mobilisation des travailleurs sociaux. D'ailleurs, les cortèges de manifestation des universitaires et des travailleurs sociaux se sont rejoints dans le centre de Lille l'après-midi même !

L'objectif de cette réunion était d'avoir une expression subjective et personnelle des conditions de travail actuelles et de leurs évolutions depuis quelques années, ainsi que la transmission de l'état perçu des gens en souffrance. Les collègues du travail social appartenaient à des organismes différents et effectuent des missions différentes. On peut cependant distinguer deux jeunes travailleurs “de terrain” et deux moins jeunes ;) travailleurs plus dans l'encadrement ou la gestion. Ces deux éclairages étaient intéressants car complémentaires.

Le premier collègue intervient dans un service d'hébergement de jeunes majeurs (18/21 ans) qui accueille des jeunes de l'action sociale ou de jeunes étrangers isolés. L'accompagnement est réalisé sous la forme d'un parcours constitué de projets ayant pour objectif d'insérer professionnellement et socialement les jeunes. Cet aspect d'insertion « sociale » est plus importante que l'on peut l'imaginer. Depuis la loi de 2002, la pression administrative s'est accrue, notamment suite à l'introduction des droits des usagers qui créent parfois des tensions très fortes. Avant cette loi, les logiques de projets étaient déjà développées, mais maintenant, les procédures pour créer un service sont beaucoup plus complexes et doivent répondre à une logique de résultats basée sur une évaluation dont les critères ne sont pas encore connus.

Le deuxième collègue se définit comme éducateur de rue et intervient dans un centre de prévention spécialisé qui accueille des jeunes de 12 à 25 ans. L'objectif est d'aider les jeunes sur les difficultés scolaires, de logement, d'emploi, de justice... Pour les aspects formation et emploi, il y a de fortes interactions avec les missions locales. Dans ce type de service, les trois piliers sont : l'absence de mandat judiciaire, le respect de l'anonymat et la libre adhésion. Pour l'instant, la loi de 2002 ne touche pas directement ce type de service. Cependant, on constate qu'il y a moins de solutions qu'avant, notamment en termes de formation. Certes, il y a l'apprentissage, trouver le CFA est facile, sauf qu'il est difficile de trouver des entreprises prêtes à accueillir des jeunes en difficulté (ndr: c'est déjà difficile avec des DUT Informatique !). Il y a aussi moins de dispositifs et de financements au niveau de l'action sociale. Par exemple, les CAE, 25h avec formation sur 6 mois+4 mois, la moitié des supports ont été supprimés. Les jeunes n'y croient plus et il est difficile de leur en vouloir car nous n'avons pas de solutions à leur proposer. Certes, il y a eu la création de MIE (Maison Insertion Emploi), mais en contrepartie, les missions locales sont asphyxiées. Et il y a une différence entre insertion professionnelle et prévention et/ou insertion sociale. Il y a aussi le problème de l'accès aux informations au niveau de la municipalité : les travailleurs sociaux ne pas des agents de contrôle !

Le troisième collègue travaille dans un centre spécialisé dans les soins pour toxicomanes. Le travail social est pris dans des enjeux déterminants, malmené entre des fonctions paradoxales. Ce travail est rendu difficile par les politiques publiques trop souvent liées aux opinions et représentations que l'on se fait de certaines populations. Il est plus facile de fonctionner et financer une structure s'adressant aux handicapés qu'aux toxicomanes (“c'est quand même différent, après tout, c'est de leur faute s'ils en sont là”). Il y a là d'importantes questions d'éthique sur les libertés individuelles. Le travail social n'est pas reconnu et il est nécessaire d'avoir des éclairages trans-disciplinaires pour le décrire (philosophie, sociologie, économie...). Le travail social ne peut pas être l'otage du champ répressif ou médical. Sur cet aspect, les rapports entre social et médical sont délicats. Par exemple, avec l'apparition des traitements de substitution, il y a certes moins de contamination et cela permet de sortir certains usagers de la drogue, mais cela conduit aussi à maintenir des personnes dans des situations stabilisées mais de dépendance. Que faire du reste de la vie de ces personnes ? Idem sur la réduction des risques, c'est important, mais cela ne doit pas se réduire à se “shooter propre”. Il y a des choses à prendre dans la loi (sur les droits des usagers), mais attention à ce qui arrive : une culture du résultat (au moindre coût) et non plus une culture de partenariat. Ce n'est pas un refus de l'évaluation, mais sur quels critères ?

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